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International

Lundi 18 Septembre 2017, 9:00

« Seul, on ne peut rien changer. Ensemble, les choses peuvent bouger. »

En janvier dernier, le dirigeant syndical colombien Huber Ballesteros a été libéré après trois ans de prison. Récemment, il a passé quelques jours dans notre pays. Lors d’une rencontre à Anvers, il a souligné les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés la Colombie et les syndicats.

Ballesteros est vice-président de la fédération syndicale colombienne Fensuagro. En août 2013, il fut arrêté alors qu’il endossait le rôle de porte-parole lors d’une grève nationale. On l’accusa de rebellion et de terrorisme. La Centrale Générale a organisé de nombreuses actions pour réclamer sa libération.
Notre section Antwerpen-Waasland soutient Fensuagro depuis des années et l’a accueilli dans ses locaux à Anvers.

Quelles sont actuellement les priorités des syndicats colombiens ?

Améliorer les salaires et les conditions de travail. Le salaire minimum est de 200€, c’est insuffisant pour joindre les deux bouts. Mais beaucoup de personne dans l’économie informelle n’atteignent pas ce revenu, même en travaillant jour et nuit. Les pensions sont également problématiques. Alors qu’elles sont déjà trop basses, elles vont encore être diminuée.

D’autre part, le syndicat lutte contre la sous-traitance et contre la « sous-sous-traitance ». Une manière pour les multinationales de contourner les conditions de travail et d’ainsi affaiblir les syndicats. Il s’agit d’une stratégie mise en place par les paramilitaires. Ces derniers ont expulsé les agriculteurs pour mettre leurs terres à dispositions de grands propriétaires fonciers. D’autres ont également fui car leurs terres ne produisaient plus rien à cause de catastrophes environnementales. Il y a donc de nombreux citoyens colombiens (environ 6 millions) réfugiés dans leur propre pays et prêts à travailler pour les multinationales pour une bouchée de pain afin de sortir de la misère dans laquelle on les a plongés.

Mais le travail des syndicats en Colombie va encore plus loin?

Nous devons effectivement faire face à d’autres problèmes. Nous soutenons les militants qui sont poursuivis, les travailleurs qui sont menacés de mort et nous luttons contre les catastrophes environnementales causées par l’exploitation minière.

Vous avez également fortement investi dans l’Accord de paix conclu fin de l’année dernière et qui doit sortir la Colombie de la spirale de la violence. Constatez-vous déjà des résultats ?

Les accords d’Havana n’ont pas résolu les problèmes actuels, mais ils forment la base des changements futurs. On trouve de nombreux éléments importants dans les accords : le désarmement des organisations paramilitaires, la création d’une commission de la vérité et la poursuite des crimes commis, la réparation envers les individus et les organisations, les liberté syndicales, le droit de mener des actions,… La redistribution des terres agricoles nous semble également essentiel.

Sur base des accords de paix, nous travaillons avec le gouvernement qui ancre les droits des travailleurs.

Nous ferons tout pour qu’ils soient mis en œuvre. La réussite dépendra de la mobilisation de la population.

Mais se lever pour ses droits peut s’avérer dangereux en Colombie. La population est-elle prête à se mobiliser malgré tout ? La disposition à l’action de la population est-elle grande ?

Quasi toutes les grèves et manifestation sont cassées par la police anti-émeute. Néanmoins, la population reste prête à passer à l’action. Malgré les risques, il y a constamment des mobilisations. Voici un mois, une grève nationale des syndicats des services publics ont permis d’aboutir à une augmentation salariale de 1%.

Qu’en est-il de votre situation? Car même si vous êtes désormais libre, vous êtes toujours en danger ?

Ma situation s’est malheureusement empirée. Le gouvernement ne pouvait pas me condamner mais depuis ma libération, je reçois des menaces de mort chaque semaine. Auparavant, on voulait me condamner à 37 ans de prison alors qu’aujourd’hui, on veut m’assassiner.

Il est clair que la Colombie n’est pas encore une démocratie. Les inégalités, la corruption et la violence sont omniprésentes. On ne peut pas changer les choses à nous seul, c’est seulement en œuvrant ensemble que les choses peuvent changer.

Que pouvons-nous faire pour vous soutenir?

Le soutien que nous recevons des autres syndicats dans le cadre de notre travail syndicale est très important pour nous. Car le gouvernement colombien a peur des sanctions économiques, comme un boycott des produits exportés.

La situation des travailleurs est assez semblable à travers le monde. Nous sommes tous dans le même bateau. Les problèmes sont globalisés. Le mouvement des travailleurs ne peut plus se limiter à notre propre pays, nous devons nous soutenir au niveau international.

Comment la Centrale Générale – FGTB soutient-elle les syndicats colombiens?

  •   Nous plaidons chaque année au sein de l’Organisation Internationale du Travail pour l’envoi de commissions en Colombie.
  • Ensemble avec la fédération internationale IndustriALL et les syndicats internationaux, nous suivons les activités des multinationales actives en Colombie.
  • Nous organisons des actions de soutien envers les syndicalistes menacés de mort en leur envoyant des lettres. Ainsi les politiciens colombiens savent que nous suivons de près les affaires.
  • La Centrale Générale soutient différents projets syndicaux en Colombie. Notre action pour la libération de Huber a reçu des échos en Colombie.
  • La Centrale Générale Antwerpen-Waasland rencontre régulièrement les partenaires de colombie et sensibilisent les membre de la situation.

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