Exposition à la silice : investir dans la prévention pour éviter les drames de demain

Le 19 mars 2026 à Bruxelles se tenait la conférence finale de la plateforme européenne NEPSI, dédiée à la prévention des risques liés à l’exposition à la silice cristalline. Ce rendez-vous a rassemblé interlocuteurs sociaux, experts et représentants syndicaux autour d’un enjeu majeur de santé au travail, qui reste une actualité brûlante dans de nombreux secteurs industriels.

La silice cristalline est omniprésente dans l’environnement professionnel. On la retrouve dans des matériaux naturels comme les roches, le granite ou l’ardoise, mais aussi dans de nombreux produits manufacturés tels que les bétons, mortiers, ciments, carrelages, colles ou encore le verre. Le développement récent des pierres de synthèse et composites a accentué les niveaux d’exposition et fait émerger de nouveaux risques pour les travailleurs qui les produisent et les transforment.

De nombreux secteurs sont concernés : chimie, céramique, construction, industrie du béton, ciment, fibrociment, briqueteries, tuileries, verre et carrières. Tous ont en commun une exposition potentielle aux poussières de silice cristalline alvéolaire. Inhalées de manière répétée, ces poussières pénètrent profondément dans les voies respiratoires et peuvent provoquer la silicose, la plus ancienne maladie professionnelle reconnue, aux conséquences souvent irréversibles.

La prévention n’a pas de prix

Depuis près de vingt ans, la plateforme européenne NEPSI (Network on Silica), qui réunit le syndicat européen industriALL et 19 organisations patronales, œuvre à la mise en place concrète de bonnes pratiques pour réduire l’exposition à la silice cristalline sur les lieux de travail. Forte de son histoire, la Centrale Générale – FGTB y joue un rôle actif.

« Dans de nombreuses entreprises, les effets à long terme des expositions aux substances toxiques restent insuffisamment pris en compte. Pourtant, la meilleure des maladies professionnelles est bien celle que l’on n’attrape jamais », rappelle Philippe Vigneron, du service d’étude de notre centrale.

Un constat partagé par Sébastien Dupanloup, secrétaire fédéral en charge de secteurs fortement exposés à la silice cristalline : « Trop d’entreprises considèrent encore la prévention comme un coût. C’est une vision court-termiste. Or, chaque centime investi aujourd’hui, des milliers d’euros d’économie en terme de santé humaine mais surtout un gain inchiffrable en terme de vies sauvées. »

Agir concrètement sur le terrain

Certaines entreprises montrent néanmoins qu’une autre voie est possible. Le groupe Carmeuse en est un exemple concret. Laurent Wattier, délégué FGTB, témoigne :

« Grâce à une concertation sociale de qualité, des investissements importants ont été réalisés pour réduire les concentrations de silice cristalline dans l’air. L’arrosage des pistes par temps sec et le nettoyage régulier du site à l’aide d’un camion aspirateur – trois fois par semaine – permettent de limiter efficacement l’exposition. »

Ces mesures représentent un coût annuel d’environ 180.000 euros pour l’entreprise. « Cette approche garantit une prévention efficace et contribue aussi à réduire les nuisances environnementales liées aux poussières, au bénéfice des travailleurs comme des riverains », souligne le délégué.