66 millions aux actionnaires, 5 centimes pour les travailleurs : la grève reprend chez Mc Bride
Ce vendredi 3 avril, les piquets de grève ont été replacés autour de l’entreprise Mc Bride située à Estaimpuis dans le Hainaut. Les travailleurs de cette usine de la chimie avaient pourtant repris le travail après une première grève de douze jours dans l’espoir d’un apaisement des relations avec la direction, mais le mépris de ces derniers se poursuit inlassablement. L’origine du conflit ? Des propositions insultantes envers les travailleurs lors des négociations d’entreprise. Entretien avec Anne-Claire Deldicque, permanente de la CG Wapi-Mons-Borinage.
Pourquoi les travailleurs ont-ils repris la grève à la veille de ce week-end de Pâques ?
Comme tous les deux ans, nous étions dans une phase de négociations. Et comme ce fut le cas lors des précédentes négociations avec la direction de Mc Bride, le climat social s’est dégradé. Les travailleurs donnent beaucoup à l’entreprise : ils s’investissent, ils produisent, ils font de nombreux efforts. À un moment donné, ils attendent une reconnaissance.
Voici deux ans, la direction s’était engagée à revenir lors des prochaines négociations avec une proposition d’augmentation du salaire brut. Ce moment est venu, les travailleurs sont donc arrivés à la table avec cette attente très claire. Mais la porte a été refermée immédiatement.
“À partir du moment où on fait une promesse aux travailleurs et qu’on n’est pas capable de la tenir, la confiance est rompue" - Anne-Claire Deldicque, permanente de la CG Wapi-Mons-Borinage.
Qu’est-ce que la direction a mis sur la table ?
Très peu. La direction s’est retranchée derrière la marge salariale de 0% et une enveloppe budgétaire qu’elle dit trop limitée pour permettre une vraie augmentation salariale brute récurrente. Ils ont malgré tout proposé une augmentation salariale de 5 centimes. Une somme dérisoire qui sonne comme une insulte aux oreilles des travailleurs. D’autant que l’argent ne manque pas : ils ont versé quelque 66 millions d’euros à leurs actionnaires ! Autant dire que ça ne passe pas.
Pourquoi cette proposition est-elle aussi mal vécue ?
Parce qu’elle est en total décalage avec ce qui avait été annoncé, mais aussi avec ce qui se fait ailleurs. Dans des entreprises comparables, dans la région, des augmentations de salaire ont été obtenues. Donc entendre ici que ce n’est pas faisable, alors que l’entreprise est loin d’être en difficulté, ce n’est pas crédible. Et au-delà du montant, il y a une question de confiance. Quand une direction fait une promesse et ne la tient pas, elle alimente elle-même la colère.
Pourquoi se remettre en grève maintenant ?
Parce qu’on est à la veille du week-end de Pâques, donc à un moment stratégique. Les travailleurs veulent rappeler qu’ils sont toujours là, toujours mobilisés, et qu’ils n’envisagent aucunement de baisser les bras. Et surtout, la tension a été ravivée par certaines déclarations de la direction. Quand un directeur passe dans l’usine pour expliquer aux travailleurs que, s’ils continuent, ils pourraient perdre leurs avantages acquis, cela ne fait qu’attiser la colère.
Comment la suite va-t-elle se décider ?
La suite appartiendra d’abord aux travailleurs. Ce sont eux qui décideront de la poursuite du mouvement et de sa forme. Le rôle des délégués et du syndicat, c’est d’être à leurs côtés, de relayer leur ressenti et de soutenir leurs décisions. Mais ce qui est certain, c’est qu’à ce stade, la colère est bien là et qu’elle ne disparaîtra pas avec les miettes que propose la direction de Mc Bride.
